INTERVIEW avec Niklas ZENNSTRÔM
Intervenant lors des Journées Internationales de lIDATE en Novembre 2004, Niklas Zennström avait fait une présentation sans concession et volontiers provocatrice, estimant quà lavenir, il ny aura plus de prises téléphoniques, que payer pour téléphoner appartient au siècle passé ou que les stratégies des grands acteurs du marché seront inopérantes sils nadmettent pas que désormais, ce sont les consommateurs qui prennent les décisions. La Fing et Internetactu lui ont demandé des précisions sur lavenir de son service. [NB : Skype est à la fois le nom de lentreprise et du logiciel quelle propose. Ce dernier est disponible gratuitement, et permet le dialogue vocal en temps réel (VoIP), gratuitement, dordinateur à ordinateur. Un service complémentaire, SkypeOut, permet de téléphoner depuis un ordinateur vers un numéro dappel classique. Les utilisateurs sont alors facturés pour les appels émis, mais les tarifs pratiqués sont de lordre du dixième de ceux des opérateurs traditionnels.] -InternetActu.net : Combien y a-t-il dutilisateurs de Skype aujourdhui ? -Niklas Zennström : Aujourdhui, 16 millions de personnes utilisent Skype dans le monde. Mais nous avons plus de 100 000 nouveaux utilisateurs chaque jour. La version payante du service, SkypeOut, est utilisée par près de 400 000 personnes. Pour utiliser une notion du monde de la téléphonie, cela représente plus de 500 millions de minutes consommées par mois. -Observez-vous des usages spécifiques, différents de ceux dun téléphone classique ? -Niklas Zennström : Il est clair que les gens passent plus de temps à parler avec Skype quils ne font avec un téléphone traditionnel. Cela vient bien sûr du fait que cest gratuit, mais aussi parce que cest plus pratique et plus confortable quun téléphone, car on peut utiliser les enceintes et le micro de lordinateur -Quallez-vous proposer comme autre type de services ? Quid de la visioconférence ? -Niklas Zennström : Nous sommes en train dy travailler, et avons réalisé des prototypes, qui sont en cours de test. Cela devrait être opérationnel lannée prochaine, mais je ne peux pas dire quand exactement. Nous avançons pas à pas, et il est difficile de prédire le temps qui sera nécessaire pour parvenir à quelque chose suffisamment bon. Nous proposerons une fonction de vidéo quand la qualité sera bonne. Le but nest pas seulement dajouter de nouvelles fonctionnalités, mais dêtre sûr que tout va parfaitement fonctionner. Cest pareil dans dautres domaines. Si vous prenez le iPod par exemple, la raison de sa popularité est sa simplicité dutilisation. Il ne comporte pas des milliers de fonctionnalités, mais il marche bien. On peut dire la même chose de Google, qui est très basique, mais fonctionne très bien. -Vous voulez également développer la possibilité dutiliser Skype à partir dun téléphone mobile -Niklas Zennström : Oui, ce que lon voit, cest que les téléphones mobiles sont de moins en moins de simples téléphones, et de plus en plus des machines dotées dun système dexploitation. La plupart des constructeurs sont en train de déployer des systèmes dexploitation ouverts, quil sagisse de Symbian, Windows, Linux ou Palm, ce qui veut dire que pour nous, le téléphone mobile est juste un autre type dordinateur. Nous voulons donc que Skype soit disponible sur toutes ces plates-formes, pour que les utilisateurs puissent télécharger notre logiciel et le mettre sur leur téléphone. Nous adopterons le même approche que pour Skype en version traditionnelle : la version Windows était disponible sur un site Web, et la plupart de nos utilisateurs viennent le télécharger. Mais nous avons aussi établi des partenariats, basés sur des logiciels préinstallés sur des PC. Si vous achetez un ordinateur Packard-Bell, Skype est installé dorigine. Notre modèle ne repose pas sur ces partenariats, mais cest une bonne chose, et nous ferons la même chose pour les appareils mobiles. Skype est aujourdhui disponible pour des PDA, mais vous devez encore le télécharger sur le Web. -SkypeOut est le nom de votre service payant, permettant à un PC muni de Skype dappeler un téléphone quelconque, fixe ou mobile. Que sera SkypeIn ? -Niklas Zennström : SkypeIn sera également disponible lannée prochaine, jespère en début dannée. Le service reposera sur le fait que chaque utilisateur peut se voir attribuer un numéro de téléphone Skype. Ce numéro sera un numéro local de votre pays de résidence. Vous pourrez donc être appelé sur ce numéro, et lappel parviendra à votre logiciel Skype. SkypeIn est donc le contraire de SkypeOut, permettant de recevoir des communications émises à partir dun téléphone quelconque, sur votre PC. Le service sera couplé à une messagerie vocale, qui permettra à lappelant denregistrer un message si lappelé ne répond pas. -En termes de prix et de facturation, comment fonctionnera le service ? -Niklas Zennström : Les utilisateurs devront payer pour obtenir un numéro Skype, qui se présentera comme un numéro normal. Ensuite, lappelant qui cherche à joindre un numéro Skype sera facturé, comme pour un appel traditionnel [NDLR : si lappelant est en France et appelle un numéro Skype français, il ne paiera que le prix dune communication locale, même si lappelé peut recevoir lappel depuis nimporte où dans le monde, via son ordinateur muni de Skype ]. Nous navons pas encore décidé si lobtention dun numéro Skype sera assujetti à un paiement unique ou à un abonnement mensuel. -Vous insistez également sur le fait que Skype est une petite entreprise, et sur le fait que il ny a plus davantage dêtre gros, car ce sont désormais les plus rapides qui battent les plus lents. -Niklas Zennström : Oui, lindustrie a coutume de raisonner par rapport à lARPU, Average Revenue Per User », le revenu moyen généré par chaque utilisateur. Je préfère parler dARPE, Average Revenue Per Employee », qui établit les revenus générés par chaque employé de lentreprise Nous sommes 80 personnes dans Skype. Nous voulons continuer à croître, et même si les prédictions sont difficiles à faire, je ne crois pas que Skype deviendra un jour une entreprise de plusieurs milliers de personnes. Je crois quil est plus important davoir les bonnes personnes que beaucoup de personnes. Plus vous êtres nombreux, plus il est difficile de bouger et de sadapter. -Comment êtes-vous perçus par les opérateurs traditionnels ? -Niklas Zennström : Ca dépend. Beaucoup dentre eux travaillent avec nous, notamment sur nos services SkypeOut et SkypeIn. Mais certains nous ignorent, et semblent considérer que Skype est juste un truc pour les informaticiens ». Ou que Skype ne décollera pas, et que ce nest quun joujou, qui nécessite dêtre tout le temps sur linternet, etc. Lors de la conférence, le représentant de France Telecom parlait de garantir la qualité ou de sécurité » Jignore totalement ce dont il parlait. Skype est plus sécurisé que nimporte quoi dautre. Cela me fait penser à ce que les spécialistes des mainframes disaient quand le micro-ordinateur est apparu : pourquoi les gens voudraient-ils des ordinateurs personnels, qui ne sont pas fiables, et pour lesquels il ny a pas de marché ? Skype est possible pour plusieurs raisons, qui reposent sur des choses qui se produisent simultanément. La principale est le haut débit, et les opérateurs télécoms vont avoir beaucoup de mal, dès lannée prochaine, à faire payer pour des appels téléphoniques. Leur avantage est quils contrôlent toujours les réseaux, et peuvent facturer laccès au haut débit. Si vous observez lévolution des revenus, vous voyez que les revenus du téléphone fixe diminuent, mais très lentement, car cest compensé par les appels de fixes vers mobiles. Mais les revenus du haut débit, eux, augment considérablement, dans une proportion bien supérieure au déclin des revenus fixes. Donc Skype est bon pour les opérateurs télécom : nous les aidons à vendre plus de haut débit ! -SUITE de l’nterview publiée par INTERNETActu: [->http://www.internetactu.net/index.php?p=5696'' target=''_blank''>InternetActu.net] réalisée par Cyril Fiévet le 30/11/2004, sous licence Creative Commons.
