La villégiature à la Robinson Crusoé, totalement isolée du monde, c’est fini. Les nouvelles technologies mettent Clipperton en contact avec le monde entier par Internet. Au fur et à mesure de l’avancement des études scientifiques, une information est diffusée pratiquement instantanément. Pour cela deux choses sont indispensables : l’électricité, elle est produite par des éoliennes et des panneaux solaires, et des ordinateurs Apple Mac pour stocker, mettre en forme et diffuser les données multimédia. C’est ce qu’explique, dans une interview exclusive (Extraits de l’interview avec la complicité d’Apple France), Camille Fresser, 22 ans, stagiaire ingénieur en charge de la gestion d’énergie, des transmissions satellites et du parc informatique. Morceaux choisis sur le chef de l’éxpédition, le Dr Jean-Louis Etienne (photo) , adepte de l’autonomie énergétique, qui n’était pas là-bas en vacances. A 1 200 km de la côte la plus proche et à 5 000 km de la première côte française, Tahiti.
La famille Étienne est très occupée et se consacre essentiellement à des tâches de communication. Il s’agit du traitement des textes, des photos et des vidéos pour envoyer les mises à jour quotidiennes dans le Journal de bord tenu par Jean-Louis, le Journal des enfants (contes écrits par Elsa ayant Elliot et des animaux clippertoniens pour vedettes), la Minute vidéo. Camille Fresser explique ici les relations informatiques entre le chef de l’expédition et les scientifiques qui se succèdent, et la technologie utilisée pour les visioconférences qui permettent à Jean-Louis, Elsa et Elliot d’être vus dans le monde entier.
A priori, tout est fait sur place à Clipperton, les choix, les mises en forme, les commentaires… pour envoyer par satellite un produit fini . pourquoi tout faire sur place et non pas envoyer les éléments bruts à Paris ? Camille Fresser: Il n’est ni dans la mentalité ni dans les mœurs de Jean-Louis de faire faire les choses par les autres, il est avide de connaissance et se débrouille très bien en informatique, je lui apprends régulièrement des choses qu’il retient presque aussitôt. De plus, cela évite d’avoir des va-et-vient incessants avec quelqu’un à l’autre bout du monde. L’information est ici et part d’ici. Jean-Louis est entièrement autonome aujourd’hui et il aime faire lui-même la mise en ligne de son texte avec les images qu’il affectionne. On n’est jamais mieux servi que par soi-même…. De toute façon, avec le décalage horaire, c’est plus rapide de le faire nous-même que de tout envoyer, et c’est la partie la plus intéressante : préparer c’est bien mais le mettre en ligne c’est mieux.
Vous manipulez du texte, des images et du son. Quels logiciels utilisez-vous ? CF: Elsa est très familiarisée avec iMovie, iChat AV ou iPhoto et Photoshop. Je préfère pour ma part utiliser Photoshop, Illustrator ou encore Final Cut Express pour obtenir des résultats plus professionnels, même si l’apprentissage doit prendre plus de temps. Je trouve en revanche la suite iLife très bien faite, je me rends compte combien cette suite logicielle est étendue, complète, conviviale et accessible.
Chacun de vous a-t-il reçu une formation particulière à ces logiciels ? CF: Elsa a suivi une formation pour iMovie et Final Cut Pro, moi j’ai été formée à Final Cut Pro et je les forme en continu aux autres logiciels. Bien que leur niveau soit déjà très avancé, j’arrive parfois à leur montrer quelques astuces. Combien de temps chacun de vous consacre-t-il chaque jour à ces travaux ? Elsa passe en moyenne 8 heures au bureau, Jean-Louis passe environ 14 heures par jour au télétravail, et ma quantité de travail varie.
Les trois Mac sont-ils destinés à recueillir des mesures scientifiques. Les visiteurs peuvent-ils s’y connecter ? CF: Pour les mesures scientifiques, les chercheurs sont venus en majorité avec leurs propres portables, et nous avons un PC avec plusieurs sorties série afin de connecter les appareils. Il y a quand même une station vernier sur USB que nous pouvons utiliser avec les Mac. Les visiteurs utilisent le PC et bientôt un petit G3 pour l’accès aux mails. En revanche plusieurs données qu’ils nous transmettent sont traitées avec Excel sur nos Mac. Nous utilisons le Power Mac G5 pour cela et les envoyons le cas échéant par mail.
Une des originalités de l’Expédition est la communication établie entre Clipperton et le monde. Pouvez-vous nous en dire plus ? CF: Le réseau Ethernet est assuré par les deux bornes AirPort Extreme, tous ont accès à Internet et au petit réseau de partage, seul le Power Mac G5 a été configuré pour accéder aux différents appareils nécessaires à la gestion de la parabole EADS. Pour alimenter quotidiennement le back office du site web de la mission, nous utilisons Safari et, pour l’envoi FTP des pastilles vidéos destinées à Canal+, le logiciel Transmit.
Les visioconférences occupent une place importante dans cet objectif de communication. Comment s’organisent-elles ? CF: Les visioconférences monopolisent environ 4 heures par semaine, tests compris. Elles sont effectuées avec Marratech et iChat selon la demande. En général les grandes organisations demandeuses de photos et documents simultanés préfèrent Marratech, mais nous utilisons iChat pour les écoles. Je gère les communications, leur planification et les tests pour les visios de Jean-Louis Etienne, alors que Elsa Etienne gère seule les visioconférences qu’elle effectue avec les écoles. Nous sommes équipés de deux iSight. Elles ont une très bonne qualité d’image, mais nous n’utilisons pas les micros intégrés, et préférons des casques USB Logitech qui confèrent une très bonne qualité écoute/transmission. E. : d’un CAP de soudeur à chef d’expédition
La communication à Clipperton COMMUNICATIONS TÉLÉCOM:
Un matériel de haute technologie permet aux habitants de rester en contact avec le monde : >Une parabole à chaque extrémité pour l’envoi et la réception . EADS Astrium s’en charge, permettant d’accéder à une ligne Internet à haut débit de 512 Kbits/seconde . >Un satellite géostationnaire entre les deux pour servir d’interface à 36 000 km d’altitude . c’est le satellite NSS-806 du réseau Newskies qui est de service, relayé par le réseau Iridium en cas de problème .
ENERGIES:
>De l’électricité avec 42 panneaux solaires qui produisent 85 W crêtes, >Une éolienne Bergey tripale livre 1 kV/h, une production stockée dans deux batteries lithium-ion Saft qui ne pèsent à elles deux que 120 kg (les mêmes au plomb auraient pesé 3 tonnes) . >Station vernier : Station de mesures de la salinité, ph de l’eau, UV, rayonnement solaire, infra rouge.
TOPOGRAPHIE de l’île de Clipperton:
12 km de circonférence, 2 km2 de terres émergées et 7 km2 en comptant le lagon en son centre.
26-28°C sont les températures moyennes tout au long de l’année.
Accès: Minimum 3 jours de voyage en bateau.A 1 200 km de la côte la plus proche et à 5 000 km de la première côte française, Tahiti.
Toutes les rubriques de l’expédition peuvent être consultées sur le site officiel: http://www.jeanlouisetienne.fr
Ambiance de l’expédition à voir en vidéo: http://www.jeanlouisetienne.fr/clipperton/video.cfm
Apple à Clipperton : http://www.apple.com/fr/education/articles/clipperton
Les travaux scientifiques de l’Expédition:
Réunissant des chercheurs de toutes les disciplines, l’Expédition Clipperton a pour objectif de réaliser un état de la nature dans cet atoll méconnu : identification, comptage et origine des espèces, répartition de la biodiversité dans le Pacifique, étude du passé climatique et réponse aux agressions environnementales actuelles, recherches de nouveaux principes actifs…
PROFIL de Jean-Louis ETIENNE:
Le docteur Jean-Louis Étienne est né le 9 décembre 1946 à Vielmur (Tarn). Après un CAP d’ajusteur obtenu à 15 ans, il obtient le bac à 20 ans et entre à la fac de médecine de Toulouse. En juin 1975, il soutient sa thèse de médecine et entreprend une carrière de médecin d’expédition dans le massif du Fitz Roy, en Patagonie. 1977-1978, tour du monde avec Éric Tabarly sur Pen Duick. Après l’ascension du Broad Peak, un 8 000 m dans l’Himalaya en 1980, c’est le versant nord de l’Everest en 1985. Parallèlement, dès 1979, il devient chef d’expédition mer-montagne avec la découverte du Groenland à bord du Japy-Hermes puis en 1982, en Patagonie sur le Gauloise III. En 1985, première tentative pour atteindre le pôle Nord et succès en 1986, à l’issue d’un parcours à pied et en solitaire de 63 jours. Les expéditions mer-montagne vont se succéder : Transantarctica en 1989-90 (6 300 km en 7 mois), Antarctica en 1991-92, Erebus en 1993-94, Spitzberg en 1995-96, Mission Banquise en 2002…