Mission accomplie pour l’ADEME qui ,en 1999, dans le cadre du Plan soleil, a enregistré les 9000 professionnels installateurs Qualisol. En 2006, l’Agence passe le relais à l’association Qualit’EnR qui devient la référence unique pour les professionnels. Opérationnel à partir du 16 janvier, Qualit’EnR sera sur le stand de l’Ademe au Salon Interclima où il sera présenté officiellement le 18 janvier. Explications sur ce nouveau label par M. André Joffre, également PDG de Tecsol et président d’ENERPLAN. Dans cette interview à Domoclick, il fait le point sur la place de l’énergie solaire en France et confirme le modèle économique des énergies renouvelables qui séduit également les investisseurs.
Domoclick : Entre les effets d’annonces du gouvernement pour favoriser les énergies renouvelables et ce qui se fait dans les entreprises , qu’est-ce que vous observez de plus significatif sur la situation actuelle ?
André Joffre : Pour l’éolien, ce qu’on peut constater c’est la production en cours de près de 2000 mégawatts, ça s’accélère très vite, il y a de nombreux permis qui débouchent , des appels d’offres d’éoliens terrestres lancés. Ce qui conforte le tarif , sur le prix d’achat du courant électrique éolien qui va rester dans les années qui viennent au même. Cela rassure les industriels qui ont besoin de stabilité dans le long terme. Malgré les projets abandonnés , entre 400 et 500 K€, on peut dire que les opérateurs importants du secteur peuvent répartir les risques sur plusieurs projets avec des tarifs qui restent convenable (NDLR: 69€ minimum/ mégawatt/heure garantis par EDF à ses producteurs pendant 15 ans*** ) pour développer les projets et les financer. D’autant plus rentables que le cadre législatif rend ce secteur très attractif pour les financiers.
Domoclick : Et en ce qui concerne le solaire ?
André Joffre : C’est radicalement différent étant dans le monde du bâtiment. Les éléments forts de 2005, sont guidés par la loi POP du 13 juillet et fixe l’objectif du solaire thermique : un objectif de 2 million de M2 de panneaux solaires/an, d’ici 2010, un objectif très ambitieux. Deuxiéme aspect de la loi, le crédit d’impôts qui passe de 40 à 50%: c’est très positif . Ensuite, la règlementation de la RT 2005, applicable à partir du 1er juillet 2006 va pratiquement rendre obligatoire les chauffe-eaux solaires sur les bâtiments. Il faudra 1M2 de capteur solaire par logement collectif et 2M2 par logement individuel . Sinon, il faudra trouver des économies ailleurs qui remplacent le solaire.
Domoclick : Les installateurs suivent-ils la demande que la hausse du prix de l’énergie a provoqué ? Et l’aide du gouvernement pour s’équiper en chauffe-eau solaires, vous paraît-elle suffisamment incitative ?
André Joffre : Oui, clairement puisqu’il y avait déjà surchauffe de la demande à 40 %. La demande est plus forte que l’offre. Le chaînon le plus absent, c’est l’installateur . Il y a 70 produits qui sont homologués sur le marché français. Il y a donc de la place et beaucoup de clients. Mais trop peu d’installateurs spécialisés en solaire sont encore trop peu nombreux. Depuis 2000 et le début du plan soleil en 2000, un audit démontre la qualité des installations, ce qui n’était pas le cas dans les années 80. Il faut continuer la procédure Qualisol en train de se réformer, avec aujourd’hui la création d’une association Qualit’ENR que nous allons présenter à la presse le 18 janvier dans le cadre du Salon INTERCLIMA à Paris. Ce nouveau label réunit tous les labels de qualification des énergies renouvelables (QUALISOL, QUALIBOIS, QUALIPV ). L’autre nouveauté, c’est la gestion de ce label non pas par l’ADEME mais par les professions avec le syndicat des énergies renouvelables, ENERPLAN, la CAPEB et l’UCF (Union Climatique de France ).
Domoclick : La mise en place et l’harmonisation de ce nouveau label offre t-il l’ouverture à de nouveaux métiers ?
André Joffre : Je suis persuadé que le métier d’installateur solaire va devenir un métier à part entière même s’il y ades zones de superpositions avec d’autres métiers traditionnels du bâtiment. Il touche la couverture par la pose de capteurs en toiture et des normes que ne connaissent pas forcément familires des installateurs de plomberie s’ils ne sont pas couvreurs. On le constate déjà sur le terrain, ceux qui sont les plus productifs et les plus à même de répondre aux attentes du client .
Domoclick : Et pour les jeunes ?
André Joffre : Il existe justement plusieurs formations, notamment celle organisée par les Compagnons du solaire en Savoie, destinée aux jeunes qui veulent se spécialiser dans l’installation solaire. A Perpignan , avec Tecsol, les formations de trois jours démarrent le 31 janvier.
Domoclick : En 2001, l’équipe Domoclick vous avait déjà rencontré pour une interview sur le chauffage solaire en France où 3000 équipements se vendaient quand l’Allemagne en vendaient 10 fois plus. Qu’en est-il aujourd’hui ?
André Joffre : En France, 2005 a permis l’installation d’ environ 12 000 chauffe-eaux solaires et en Allemagne dix fois plus, ce qui comprend beaucoup de collectifs. Soit en France 100 000 M2 de capteurs solaires et en Allemagne 1 Million de M2. Comparativement, cela correspond à un écart de dix après avoir constaté un écart de cent. Les allemands sont restés stables, tandis que la France a enfin progressé. D’après le ministre de l’industrie, François LOOS, la France vise la première place en Europe pour la production d’énergie solaire thermique en 2010*.
Domoclick : Le décret d’application sur l’efficacité énergétique n’est pas encore publié. Que pouvez-vous en dire ?
André Joffre : Nous n’avons pas d’informations plus précises pour la partie solaire. En revanche, c’est clair pour les modèles de référence de la règlementation, il faudra 1 M2 de capteurs par logement collectif et 2 M2 par logement individuel, normalement, à partir du 1er juillet 2006. La règlementation thermique stipule que les logements soient 15% plus performants qu’auparavant. Cela concerne les constructions neuves et les grosses rénovations qui demandent des permis de construire.
Domoclick : Vous qui avez créé votre entreprise dès 1979 dans les technologies solaires, que pensez-vous de la perception du public sur les énergies renouvelables ?
André Joffre : La demande actuelle est très conditionnée par l’environnement médiatique qui est très favorable en ce moment avec la hausse du prix de l’énergie. Ce sujet est largement traité par les médias qui montrent l’intérêt des énergies renouvelables : enfin ! Il y a beaucoup de similitudes avec le phénomène de la bulle Internet . A la fin des années 70, il y avait un engouement effréné pour le solaire. Toutes les grosses entreprises étaient là et ont dû déchanter quand le prix du pétrôle a baissé et “la bulle solaire” s’est alors dégonflée.
Domoclick : Croyez-vous aux nanotechnologies dans les applications de l’énergie ?
André Joffre : Il n’y a pas que l’énergie solaire concernée par les nanotechnologies, en fait, les semi-conducteurs . Je pense que les marchés des écrans plats est beaucoup plus porteur dans un premier temps. On a vu “passer” des brevets et beaucoup d’entreprises y travaillent. C’est très intéressant, mais il restera toujours la question de savoir maîtriser la durée de vie de ces composants, quand on sait qu’une cellule solaire actuelle a déjà une durée de vie de 25 ans.
Domoclick : Ou placez-vous l’énergie solaire parmi les enjeux de la réduction des émissions CO2 dans le bâtiment ?
André Joffre : Il faut donner du temps au temps. Les évolutions et l’appropriation des nouvelles technologies dans le bâtiment fait preuve d’inertie, au sens positif du terme car il faut bien se dire que l’introduction d’une nouvelle technologie dans le bâtiment prend facilement 10 ans. Je crois qu’en matière de nouvelles technologies pour qu’elles intègrent le bâtiment, il faut des objectifs très forts . Les gens du bâtiment sont capables de faire des prouesses technologiques et des échanges fabuleux. Exemple : le viaduc de Millau. L’innovation avance par bonds et aujourd’hui, s’il y a un challenge à “se mettre sous la dent” c’est celui des bâtiments à énergie positive. Des bâtiments qui demain produiront plus d’énergie qu’ils n’en consomment.
Domoclick : Votre société Tecsol est-elle fournisseur de ces maisons à énergie positive ?
André Joffre : En tant que bureau d’études, nous ne fournissons pas de matériel mais les composants et les capteurs thermiques constituent l’enveloppe de ces bâtiments. C’est d’ailleurs un des thèmes des pôles de compétitivité, le pôle DERBI (Développement des énergies renouvelables dans le Bâtiment et l’Industrie) en Languedoc-Roussillon, qui travaille sur cette thématique là. L’idée est de se fixer un objectif raisonnable dans le bâtiment, aujourd’hui, on saurait réaliser des bâtiments à énergie positive. Il suffit de diviser par trois la consommation, ce qu’on peut faire, et utiliser l’enveloppe des bâtiments pour pouvoir capter l’énergie: faire du chaud ou du froid. Cette division par 3, le programme Suisse Minergie le fait déjà, cela représente une part importante, de 20 à 30 %, sans qu’il y ait de dispositifs d’aides, c’est juste du volontariat !
Domoclick : Que manque-il pour qu’une telle démarche soit adoptée en France ?
André Joffre : La maturité technologique n’est pas suffisante. Je pense qu’on pourrait commencer par les bâtiments publics parce que la volonté politique existe : les conseils régionaux, les conseils généraux , les mairies, a volonté de faire ce type de bâtiments est bien réelle. On va le voir arriver très, très vite, grâce à la maîtrise d’ouvrage et la profession du bâtiment va avoir des challenges qui sont en capacité d’aller beaucoup plus vite, malgré l’inertie dont je parlais, pour atteindre une technologie. Un exemple : dans la région parisienne un hangar logistique de stockage est composé d’un toit de 20.000M2 de panneaux photovoltaïques qui sont intégrés dans l’étanchéité. Avec sa production de 500 kwh de photopiles, il va certainement produire plus d’énergie qu’il va en consommer.
Domoclick : C’est le visage de l’habitat que vous voyez en 2015 ?
André Joffre : Un habitat à énergie positive. Mais cela passe également par l’isolation extérieure, par la création d’inertie thermique, aussi bien en chaud qu’en froid, par l’utilisation de composants très faiblement consommateur d’énergie à l’intérieur avec l’éclairage et l’électroménager. Et puis, il faut utiliser l’enveloppe du bâtiment destiné à la fonction d’eau chaude et au chauffage pour produire du froid pendant l’été. Oui, la climatisation qui fonctionne à partir de l’énergie solaire voilà aussi l’autre challenge des énergies renouvelables.
Association ENERPLAN : http://perso.wanadoo.fr/enerplanweb