Si j’avais un marteau: Le témoignage édifiant d’un patron couvreur qui ne trouve pas de repreneur dans un marché de la rénovation en plein boum.

Ces entreprises qui n’arrivent pas à recruter… titre Le Courrier Picard du 16.12.2018. Derrière cette réalité, un témoignage poignant.Faute de pouvoir embaucher, Elie Decaix, artisan-couvreur à Saint-Just-en-Chaussée dans l’Oise préfère mettre la clé sous la porte.Une enquête édifiante qui dénonce le choc entre les professions du bâtiment qui peinent à recruter (dont les maçons, partout en France)et une demande en hausse dans un pays où 7 millions de logements énergivores sont à rénover et où la technicité des toitures photovoltaïques intégrés offrent une nouvelles attractivité. Portrait écrit par Pascal Mureau.

photo Le Courrier Picard

Dans la région, les établissements formant les couvreurs ne sont pas légion. C’est pourtant dans cette direction que voudrait maintenant se tourner Elie. « Après 36 ans d’expérience, j’aimerais transmettre mon savoir », argumente l’artisan qui devrait trouver facilement un poste de formateur. Pourtant les secteurs présentant le plus de demandes après la coiffure c’est le métier de couvreur puis la peinture en bâtiment qui arrivent en tête. Dans ces domaines, les employeurs n’hésitent pas à proposer des emplois durables, des CDD de 6 mois ou des CDI.

Chez les Decaix, on étaient couvreurs depuis… 1875. Au bout de quatre générations, l’entreprise cessera pourtant ses activités le 31 décembre. À 51 ans, Elie, le dernier d’une longue lignée qui a travaillé très tard, n’a plus le courage pour grimper seul sur les toits. L’adage maladroit du président Macron – traverser la rue pour décrocher un travail – pourrait peut-être s’adapter au cas présent. « J’ai fait tous les Pôles-emploi du secteur. Les lycées. Les CFA. Je ne trouve personne à embaucher… », se désole l’artisan. « J’avais des commandes jusqu’en septembre 2019. Mais quand on travaille en couverture – comme ont dit : pas vu pas entendu… – la sécurité impose d’être deux au minimum. »

Des charges écrasantes

Dans le petit bureau de la société, dans la traversée de Saint-Just-en-Chaussée (Oise), rien n’a changé – à part le téléphone ! – de l’ambiance d’autrefois. Deux anciennes comtoises égrènent le temps et sonnent les quarts d’heure. « On a le métier le plus con du monde. Se faire mouiller pour mettre les autres à l’abri », plaisante Elie. Le métier a pourtant sa noblesse… Enfin, selon lui, jusqu’à un certain point… « L’unique salarié que j’ai trouvé a… 57 ans. Il voulait seulement faire trois mois pour s’ouvrir le droit aux allocations-chômage », explique Elie. « Comme ce n’était pas toujours suffisant, ma femme est venue donner un coup de main sur certains chantiers . »

Dans sa tête, les idées noires se bousculent, le tarif des assurances (8 000 euros annuels pour la garantie décennale), les charges sur les salaires qui augmentent vertigineusement le coût d’un ouvrier, la concurrence venue de l’étranger, la fin des heures supplémentaires défiscalisées (finalement remises par Macron mardi soir). « À la fin, il me reste moins d’un Smic », constate le patron.

Dans la région, les établissements formant les couvreurs ne sont pas légion. C’est pourtant dans cette direction que voudrait maintenant se tourner Elie. « Après 36 ans d’expérience, j’aimerais transmettre mon savoir », argumente l’artisan. D’ici là, les utilitaires bleu ciel barrés du slogan « Tout pour toit » resteront au garage.

Pascal Mureau, publié le 16/12/2018 pour le Courrier Picard

http://www.courrier-picard.fr

Des métiers en tension selon la Chambre des Métiers

Au 1er janvier 2017, l’artisanat dans les Hauts-de-France occupait plus de 151 000 salariés. Il faut y ajouter près de 85 000 dirigeants (ou travaillant seuls) et 12 000 contrats d’apprentissage. Si l’artisanat regroupe plus de 510 activités dans quatre secteurs principaux (bâtiment, services, production et alimentation), environ 38% des établissements estiment avoir du mal à recruter.

Pour la Chambre de métiers et de l’artisanat – qui a mené cette enquête–, les difficultés sont « souvent liées à des profils inadéquats ou à la pénurie de candidats.» Le secteur de la boucherie est l’un de ceux qui souffrent le plus de ce déficit de main-d’œuvre. Pour y remédier, la chambre a mis dernièrement en place une formation rapide en fonction des besoins précis des chefs d’entreprise. À la fin de la formation, le stagiaire reçoit une attestation de compétences détaillée. Par ailleurs, la chambre propose aux artisans un « Booster Ressources Humaines» avec des conseillers économiques.

Parmi les secteurs présentant un risque de chômage réduit, la coiffure arrive en tête, devant le métier de couvreur, la boulangerie, la pâtisserie, la conduite de véhicules sanitaires, la peinture en bâtiment, la carrosserie automobile. Dans ces domaines, les employeurs n’hésitent pas à proposer des emplois durables, CDD de 6 mois et plus ou CDI.

www.chambredesmetiers.org

Domoclick.com avec Pascal Mureau pour le Courrier Picard

2 Comments

  1. En même temps, peut-on s’étonner ?

    En France, le système éducatif déconsidère les filières manuelles. Les élèves préfèrent aller se perdre au lycée pour préparer une scolarité dans une fac ou une haut-école même si ça ne leur correspond pas.

    Je prends l’exemple de la Suisse qui n’hésite pas à valoriser les filières manuelles avec des cursus reconnus et respectés, des salaires à la hausse, etc. En bref, une vraie reconnaissance !

    Nos politiques devraient s’en inspirer…

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