Transition énergétique : Un réservoir d’emplois de 24 millions d’emplois d’ici 2030 dans les EnR dont la France profite peu.

Encore un paradoxe à la française, la France est le 3ème employeur Européen en énergies renouvelables avec 107000 emplois mais elles représentent seulement 0,29% de l’emploi total.Peu d’emplois en R&D et ingénierie ont été créé en raison de la domination des 7 grands pays dans les filières renouvelables alors que L’Énergie durable est source d’emplois avec une hausse de 7%, soit 700.000 nouveaux emplois. C’est ce qu’indique l’analyse de Louis KOPP pour l’IFRAP. Des révélations bienvenues dans le débat sur la Transition énergétique, l’emploi et la place du nucléaire en France.

Les énergies renouvelables contribuent à créer des millions d’emplois… petit à petit. Ce que confirme L’Organisation Internationale du Travail qui estime que, d’ici 2030, 24 millions d’emplois pourront être créé dans le monde grâce à l’économie verte. Un vrai boom pour l’économie française mais aussi pour le développement durable, dans les filières les plus en demande actuellement sont le solaire, la géothermie et la biomasse. Le rapport ci-dessous publié par l’institut IFRAP est éloquent

Dans le cadre de la transition énergétique, le gouvernement français cherche à se séparer progressivement du nucléaire tout en investissant massivement dans les différentes énergies renouvelables. Cette stratégie mène la France à dépendre de l’importation de matériel depuis l’étranger plutôt que de produire et développer sa propre technologie : la diversification des filières renouvelables est peu rentable dans la mesure où certains pays se sont déjà spécialisés et bénéficient d’une avance considérable, comme la Chine dans l’énergie photovoltaïque. Afin de stimuler intelligemment l’emploi en énergies renouvelables, la France doit s’interroger sur les secteurs énergétiques à privilégier, ainsi que sur son ambition de complétement retirer le nucléaire de son mix énergétique, malgré ses capacités dans le secteur.
 
Les énergies renouvelables : comparaison internationale  
Plus de 10,3 millions de personnes travaillaient dans les énergies renouvelables en 2017 à travers le monde, soit un demi-million de plus qu’en 2016. 32,5% de ces emplois étaient liés au solaire photovoltaïque, ce qui place cette filière devant la biomasse (3,06 millions d’emplois) et devant l’hydroélectricité (1,54 million). Contrairement à la France où l’énergie éolienne prime, près de trois fois moins de personnes travaillent dans la filière éolienne que dans la filière photovoltaïque (1,15 million), alors même qu’elle produit trois fois plus d’électricité. L’emploi dans le secteur éolien a même reculé sur l’échelle mondiale en 2017 (-0,6%) dû au ralentissement des installations de nouveaux parcs de production. La durée de vie d’une éolienne, entre 20 et 25 ans, peut potentiellement expliquer ce ralentissement qui présage sans doute une prochaine croissance du secteur lorsque certains parcs arriveront en fin de cycle.

Les six pays qui emploient le plus dans les énergies renouvelables sont : la Chine, le Brésil, les Etats-Unis, l’Inde, l’Allemagne et le Japon.
Ensemble, ils représentent plus de 70% du total des emplois dans ce domaine. A elle seule, la Chine représente 43% des emplois mondiaux dans les énergies renouvelables. Spécialisée dans le photovoltaïque, deux tiers des emplois du secteur se trouvent en Chine. Le gisement d’emplois dans les énergies renouvelables reste important, et l’IRENA estime que 28 millions d’emplois peuvent encore être créés d’ici 2050[1].
Estimation des emplois verts et verdissants en énergies renouvelables par pays[2]

Les énergies renouvelables en Chine représentent 0,48% de l’emploi alors qu’elles ne représentent en France que 0,29%. Le nombre d’emplois en énergie renouvelable en Chine est passé de 3,6 millions en 2016 à 3,8 millions en 2017, soit une hausse de 5% due en majeur partie à l’expansion du photovoltaïque. L’énergie solaire photovoltaïque pourvoit plus de 2,2 millions de postes, dont une majeure partie découle de la manufacture, tandis que d’autres systèmes d’énergie solaire tels que le système de chauffage solaire de l’eau, sont en déclin (-2,8% en 2017 pour 670 000 emplois). En 2017, la Chine a battu le record d’installations de panneaux solaires photovoltaïques avec plus de 792 000 employés travaillant à la construction et à l’installation du matériel.

Avec 510 000 emplois, l’énergie éolienne est la deuxième filière énergétique la plus créatrice d’emplois derrière l’énergie solaire. D’autres énergies renouvelables telles que la biomasse solide (180 000 emplois) ou la petite hydraulique (95 000 emplois) se partagent le reste des postes en Chine mais représentent une part beaucoup moins importante du secteur renouvelable.

Etats-Unis et Brésil

Les Etats-Unis ont diminué leur offre d’emploi dans le secteur solaire en 2018, d’après une étude de la Solar Foundation. La diminution sur l’année s’élevait à 3,8%, réduisant le nombre de postes disponibles à 250 000. La plupart des pertes furent essuyées par les activités d’installations du matériel qui ont subi une fonte de 22% de leur capacité d’extension. La manufacture n’est pas parvenue à compenser cette régression, car 95% du matériel en énergie solaire est importé. Le gouvernement a mis en place une taxe à l’import de panneaux solaires de 30%, supposée passer à 15% sur quatre ans. Cette nouvelle taxe implique une diminution des installations de 11% sur les 5 prochaines années, avec déjà une perte de plus de 23 000 postes pour 2018. En ce qui concerne l’énergie éolienne, les politiques publiques plus stables à son égard ont permis son maintien, si bien qu’elle emploie aujourd’hui le double du personnel estimé en 2013. Les zones rurales, qui concentrent la majorité des parcs à éoliennes, ont reçu du gouvernement 267 millions de dollars en 2017 afin de les entretenir et de les développer. 

L’humanité Dimanche Ne pas confondre EnR et écologie
Edition du 20 mai 2019

Le Brésil se concentre essentiellement sur les biocarburants liquides qui ont atteint 593 400 postes en 2017, ainsi que sur l’énergie hydraulique. La deuxième force du Brésil en énergie renouvelable consiste, d’après l’IRENA, en biodiesel, qui représentait 202 000 postes en 2017. L’énergie éolienne est elle aussi créatrice d’emplois, avec 33 700 nouveaux postes établis sur l’année 2017. 

Union Européenne
Les données les plus récentes concernant l’activité écologique de l’Union Européenne dans son ensemble remontent à 2016, date à laquelle les emplois verts ont atteint 1,19 million, pour 1,16 million l’année précédente. Les emplois en biomasse solide et en énergie éolienne sont les plus répandus, avec respectivement 389 000 et 344 000 postes. L’usage de la biomasse reçoit un soutien accru de la part des politiques, mais la moitié des emplois Européens dans ce secteur sont concentrés dans six pays : l’Allemagne, la France, l’Espagne, l’Italie, la Pologne et la Finlande. La part de l’énergie éolienne est également importante. La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Belgique font partie des 10 pays à avoir le plus augmenté leur capacité en 2017.

L’IRENA estime la capacité totale de l’Union en énergie éolienne à plus de 344 000. L’Allemagne et ses 160 000 emplois en énergie éolienne représente 47% de ce total, suivie du Royaume-Uni (41 800), dont le marché interne a presque triplé depuis 2016, du Danemark (26 600), des Pays Bas (21 500) et enfin de la France (18 800). Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont notamment leaders du marché éolien extraterritorial. Le domaine du photovoltaïque a quant à lui diminué de 108 500 postes en 2015 à 99 600 en 2016. Le marché de l’énergie solaire thermique s’est rétréci de 4,6% en 2016, avec une baisse de plus de la moitié des emplois liés à ce secteur en Pologne en raison du faible prix du gaz et de l’absence de politiques de soutien[3].

Les différentes énergies renouvelables et l’emploi

La stratégie énergétique française consiste à augmenter la part des énergies renouvelables dans la consommation finale brute d’énergie et de fortement réduire la part du nucléaire. L’objectif est que les énergies renouvelables atteignent 23% du mix énergétique en 2020 et 32% en 2030, ainsi que l’arrêt complet du nucléaire d’ici 2050. Un rapport publié par la Cour des comptes en 2013 illustre le montant très élevé des engagements financiers consentis par l’Etat dont les ambitions paraissent difficilement réalisables. Les objectifs français diffèrent de ceux des autres pays de l’UE dans la mesure où l’énergie de source nucléaire, prépondérante dans le mix énergétique français, permet à l’électricité française d’être décarbonée à 98%. Tandis que la majorité des pays se focalisent sur la décarbonation de leur électricité, la France cherche à diversifier son mix énergétique et stimuler de nouvelles filières renouvelables.

Pour répondre aux objectifs qu’elle s’est fixés, la France devrait fermer entre 23 et 27 réacteurs nucléaires avant 2025 pour réduire la part de l’énergie nucléaire de 50%. Cette perspective peu réaliste aurait un impact négatif sur les engagements climatiques français, car la France se verrait dans l’obligation de recourir à des centrales à charbon et des centrales à gaz pour assurer sa sécurité d’approvisionnement en électricité, ce qui conduirait à une hausse des émissions de gaz à effet de serre. Le gouvernement espère répondre à ces objectifs en mobilisant l’ensemble des sources d’énergie renouvelables et en sollicitant également les filières les moins matures et les plus coûteuses[4]. Entre 2016 et 2017, les énergies renouvelables ont affiché un taux de croissance d’emploi de 9,8%.
Les données de recrutement diffèrent selon les sources. Alors que le ministère de l’Environnement comptabilise 55 000 emplois, l’Ademe en compte plus de 80 000, témoignant d’une perception différentiée des métiers reliés à l’énergie renouvelable.  Les études de l’Ademe en 2018 estimaient que la transition énergétique permettrait de créer jusqu’à 900 000 emplois en France d’ici 2050. L’IRENA –agence internationale des énergies renouvelables- situe la France au 3ème rang des employeurs européens en énergies renouvelables.

Le parc éolien devrait être triplé et le photovoltaïque multiplié par cinq d’ici 2030.

100 000 emplois pourraient être créés avant 2025 en France à travers l’expansion de la géothermie, de la méthanisation et de la biomasse. Pour l’instant, la filière éolienne est la plus grosse source d’emplois avec 17 100 postes, soit une hausse de 28% des effectifs depuis 2014. Derrière se trouvent l’hydraulique (11 500), puis le photovoltaïque (7 000). Dans la filière de l’énergie éolienne, les emplois se répartissent entre l’ingénierie et la construction (5 000), l’étude et le développement (4 900), la fabrication de composants (3 800) et l’exploitation et la maintenance (environ 3 400). De plus, la rénovation en perspective des parcs à éoliennes vont également stimuler l’emploi et développer encore un peu plus les activités industrielles d’ingénierie et de construction,  d’exploitation et de maintenance, qui ont respectivement augmenté de 24,9% et 24,4% entre 2015 et 2017.

Une majorité d’emplois d’installation et de maintenance

L’énergie éolienne est l’énergie renouvelable la plus créatrice d’emplois avec 17 100 emplois. Malgré tout, 7 200 emplois sont consacrés à la fabrication des composants ou à l’exploitation et à la maintenance. En revanche, seulement 5 000 postes sont pourvus pour la recherche et le développement. En ce qui concerne l’énergie photovoltaïque, la domination Chinoise du marché ne pousse pas au développement de l’ingénierie ou de la recherche. Depuis le 4 septembre 2018 et la levée de la surtaxe sur le photovoltaïque produit en Chine en place depuis 2013, l’Europe est exposée aux prix cassés Chinois. L’importation de panneaux solaires en France implique qu’une majorité des métiers liés au photovoltaïque sont des métiers d’installation et de maintenance.

Optimiser l’emploi dans certaines filières renouvelables
En France, l’hydroélectricité est la 1ère source d’électricité à partir des énergies renouvelables alors que l’énergie éolienne crée plus d’emplois. L’importante construction de barrages pendant la deuxième moitié du 20ème siècle a porté le total d’installations hydroélectriques à 2 300, et permis à l’hydroélectricité d’être la 3ème source d’électricité française dans le mix énergétique[5].

Alors que d’autres pays ont déjà devancé la France dans certaines filières renouvelables telles que le photovoltaïque, il pourrait être envisagé de privilégier les domaines où la France se situe en tête. Alors que c’est l’énergie éolienne qui crée le plus d’emplois parmi les énergies renouvelables, c’est pourtant l’hydraulique qui produit le plus d’énergie. La mise en retrait de certains domaines au profit d’une spécialisation plus poussée serait susceptible d’améliorer l’efficacité énergétique de la France ainsi que de développer de nouveaux postes de cadres.
  
Bien que l’hydraulique puisse rencontrer des limites physiques quant à la conception de nouveaux barrages, la filière est largement exportatrice. La France bénéficie d’un savoir-faire internationalement reconnu, et ses entreprises ont développé des compétences de haut niveau qu’elles exportent à travers le monde. La France est par exemple en pointe en matière de conception des stations de transfert d’énergie par pompage (STEP), qui permettent le stockage de l’électricité produite par les énergies renouvelables. Des projets de micro STEP à faible impact sont par exemple envisagés pour le futur de la filière[6]. Le développement de l’hydroélectricité permettrait d’exposer les capacités françaises en matière d’énergies renouvelables et de stimuler l’exportation ainsi que la production industrielle.

Pourquoi bannir le nucléaire ?
En suivant cette logique de focalisation sur les qualités énergétiques françaises, le nucléaire n’est pas à bannir. L’énergie nucléaire est de loin la première source d’énergie française. Avec 58 réacteurs, la France se positionne parmi les trois plus gros pays producteurs d’électricité d’origine nucléaire derrière les Etats-Unis (804,9 TWh) mais devant la Chine (247,5 TWh)[7].

Bien que non considérée comme une énergie renouvelable, l’énergie nucléaire ne produit toutefois pas de CO2. Dans le cadre d’une sortie complète du nucléaire du mix énergétique, il paraît très peu plausible que sa part de production énergétique soit complètement compensée par des investissements massifs dans les énergies renouvelables. Le rapport de l’OCDE en 2012 The role of Nuclear Energy in a Low Carbon Energy Future est formel : le nucléaire est une source d’énergie propre bénéfique à l’environnement car elle ne produit pas de CO2, le plus important gaz à effet de serre tenu pour responsable du réchauffement climatique. Il a été estimé par l’AIE qu’il serait nécessaire d’augmenter de 80% la production nucléaire mondiale d’ici 2040 pour se donner une chance d’atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre fixés. Le nucléaire aurait permis d’éviter l’émission de 63 milliards de tonnes de CO2 entre 1971 et 2018.[8]

Le nucléaire est également un atout pour l’emploi et la recherche. La SFEN, membre d’un consortium international, a conduit des recherches sur la fusion nucléaire accompagnée de 35 pays afin de produire l’énergie du futur. En décembre 2016, le projet a franchi un cap en créant son tout premier plasma, quatrième état de la matière obtenu en chauffant du gaz à des températures extrêmes.

Avec plus de 220 000 postes et 2 500 entreprises réparties sur le territoire, le nucléaire fait partie des domaines d’excellence français. En baisse depuis 2016 dans la perspective de se séparer de l’énergie nucléaire d’ici 2050, la France se voue à abandonner un atout au profit d’énergies dont certains pays ont déjà fait leur spécialisation, s’exposant à un retard considérable.

Source : Louis KOPP pour l’IFRAP
https://www.ifrap.org/
Domoclick.com

[1] CDE : Energies Renouvelables – https://www.connaissancedesenergies.org/energies-renouvelables-500-000-nouveaux-emplois-en-2017-selon-lirena-180511
[2] IRENA : Renewable energies https://www.connaissancedesenergies.org/sites/default/files/pdf-actualites/irena_re_jobs_annual_review_2018.pdf
[3] IRENA : https://irena.org/-/media/Files/IRENA/Agency/Publication/2018/May/IRENA_RE_Jobs_Annual_Review_2018.pdf
[4] Rapport Cour des comptes : Le soutien aux énergies renouvelables
https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2018-04/20180418-rapport-soutien-energies-renouvelables.pdf
[5] EDF : énergie hydraulique https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-electricite/l-hydraulique-en-chiffres
[6] Nature&PeopleFirst : Les Micro Step à Faible Impact
[7] EDF : énergie nucléaire : https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-electricite/le-nucleaire-en-chiffres
[8] CDE : Transition énergétique https://www.connaissancedesenergies.org/le-recours-necessaire-au-nucleaire-dans-la-transition-energetique-bas-carbone-190528-0
 

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