Intuilab est une jeune société innovante (JEI) fondée en 2002 à Toulouse. Elle est spécialisée dans la conception d’Interactions et Interfaces Homme-Machine (IHM) intuitives et innovantes.

Les clients d’IntuiLab sont principalement issus du secteur industriel français, avec par exemple la DGAC, Thales, PSA, Renault, France Telecom, Eurocontrol ou la DGA. « Environ un tiers du chiffre d’affaires de la société provient de projets de R&D et IntuiLab dépense par ailleurs l’équivalent de 15% de ce CA en R&D autofinancée pour accroître sa compétitivité. », explique Vincent Encontre. « Avec comme objectif constant l’anticipation des IHM de demain, nous travaillons depuis quelque temps sur des dispositifs de type surfaces interactives. Divers projets autour de ce type de dispositifs, dont un financé par l’ANR, un par le Centre Expérimental d’Eurocontrol et un par un grand industriel de la défense, sont l’illustration d’une exploration de plus en plus avancée chez IntuiLab. »

Frédéric Dessort, Mid e-News : Beaucoup de vidéos circulent sur Internet présentant ces nouveaux grands écrans tactiles interactifs, popularisés par le film de Steven Spielberg "Minority Report". En quoi consistent-ils et quelles principales innovations apportent-ils ?

Intuilab : Nous appelons ce nouveau type d’objet numérique des surfaces interactives. Une surface interactive est effectivement un grand écran placé horizontalement (on parlera alors d’une table ou de sol interactif) ou verticalement (mur interactif). Sur cette surface, un ou plusieurs utilisateurs peuvent interagir simultanément, le plus souvent par toucher et gestes de la main, du doigt ou d’un objet. Dans ce dernier cas, la surface interactive sera qualifiée de « tangible » c.a.d. qu’elle sera capable d’identifier et interagir avec d’autres objets physiques situés à proximité (par exemple posés dans le cas d’une table) tel que des modèles réduits ou appareils numériques.

La principale innovation, et c’est le paradoxe, est le retour à une interface naturelle (au sens étymologique du terme) pour l’homme. Tout d’abord une surface interactive a vocation à couvrir tout le champ de vision de l’être humain et a donc des dimensions bien supérieures aux écrans actuels (jusqu’à plusieurs mètres de longueur). Ensuite l’interaction tactile (geste, plusieurs doigts, etc.) possède une dimension naturelle et intuitive qui ne peut être mise en doute (cf. l’interaction entre des hommes en devenir et le monolithe dans « 2001 Odyssée de l’espace »). C’est enfin la possibilité pour plusieurs individus de collaborer sur une même surface via des interactions tactiles (la surface reconnaitra donc qui fait quoi).

En revenant aux sources de l’interaction humaine, la surface interactive ouvre ainsi tout un univers de possibilités d’expressions hors d’atteinte par nos écrans, claviers et autre souris actuels.

Frédéric Dessort, Mid e-News : Quels types d’applications existantes ou à inventer peuvent tirer avantage de ces surfaces interactives ?

Intuilab : Leur large surface permet tout d’abord d’augmenter le volume d’informations visualisées. Ensuite elles facilitent la navigation à travers ces informations via l’interaction à plusieurs doigts. Par exemple, les activités de zoom et de déplacement (Pan) pour des activités de recherche sont grandement accélérées. Enfin, la reconnaissance de l’utilisateur et, de nouveau, la taille de la surface offrent des moyens pour faire véritablement collaborer plusieurs utilisateurs autour d’un même support.

Ces qualités prennent tous leurs sens pour des applications de type Systèmes d’Information Géographique, simulation et planification, supervision de situation complexes (par exemples des crises), « story telling », etc. dans les domaines civils ou militaires. Pour le Grand Public, on pensera à tout ce qui touche au tri et mix de sons, photos et vidéos, les jeux de plateau, la surveillance de la maison, le « Street Marketing », des comptoirs de bar favorisant les rencontres, etc. Bref, nous ne sommes limités que par notre imagination !

Frédéric Dessort, Mid e-News : Est-ce que ce concept d’écran tout-tactile pourra s’appliquer à l’ordinateur personnel ? Est-ce la fin du clavier ?

Intuilab : Le clavier est pour l’instant le pire moyen informatique pour produire du texte… à l’exception de tous les autres ! Paradoxalement, le clavier devient lui aussi naturel, en tout cas pour toute la génération qui a été élevée avec des ordinateurs familiaux. Les 11-15 ans écrivent plus rapidement avec un clavier qu’avec un stylo. Cependant, toute activité interactive ne se réduit pas à de la production de texte (exemple : le browsing internet) et l’usage du clavier devrait être réduit au regard des tâches pour lesquelles il convient parfaitement jusqu’à ne plus apparaitre qu’au moment où il est pertinent. A un tel point que l’on essaie maintenant de reproduire le concept de clavier sur surface tactile avec, il faut le reconnaitre, des résultats assez peu satisfaisants pour l’instant puisque l’absence de sensation du toucher rend plus aléatoire la détermination de la bonne touche.

Frédéric Dessort, Mid e-News : A plus long terme, imaginer que l’ordinateur se réduira à une feuille électronique voire holographique, connectée à un réseau ambiant relève t-il de la science fiction ? Que nous préparent les laboratoires ?

Intuilab : Non, ce n’est absolument pas de la science-fiction. On remarque d’ailleurs la rapidité avec laquelle les films dits de science fiction (vous mentionniez « Minority reports ») se font rattraper et dépasser par la réalité.

Première tendance lourde : le service offert à un utilisateur est de plus en plus fourni par le réseau. C’est tout le phénomène illustré par le « On Demand », le mode ASP, etc. Une deuxième tendance lourde en découle : toute la puissance de calcul de l’ordinateur personnel devient donc disponible pour rendre naturelle l’interaction avec son utilisateur. Il y a alors trop de puissance et elle va être réduite pour notamment accroitre l’autonomie de tels ordinateurs interfaces (ceux-ci deviennent des capteurs intelligents, connectés et ubiquitaires). Ou alors les possibilités d’interactions seront enrichies pour revenir à ce caractère naturel dont nous parlions au début. L’homme sera ainsi en contact permanent avec son environnement. Celui-ci captera et interprètera son comportement (geste, tâche, émotions, etc.) et agira sur celui-ci à travers des interfaces naturelles (et donc intuitives) et très contextualisées. Il évoluera alors effectivement dans une ambiance digitale personnalisée.

Prenons quelques exemples, en partant des sens. L’homme voit en 3D : d’où le succès actuel des représentations et manipulations 3D conduisant inévitablement à l’holographique. La sensation de toucher (par exemple des touches d’un clavier) simulée par les technologies haptiques, l’ouïe mise de nouveau à contribution via le son spatialisé, ainsi que les études autour de l’odorat et du goût (n’oublions pas que la recherche du plaisir est l’une des grandes motivations de l’espèce !). Poursuivons avec les objets physiques de notre quotidien : la feuille de papier qui est reproduite par la feuille électronique qui met à jour notre journal en temps réel, la table du salon qui devient interactive, le lit qui s’adapte à notre morphologie et forme du moment, la cuisine qui nous propose une liste de course en fonction du stock, de nos habitudes alimentaires et des saisons, etc. Bien sûr tout cela pose de nouvelles questions éthiques auxquelles il faudra répondre comme la protection de la vie privée, mais ceci est une autre histoire…

Quelques autres applications développées par IntuiLab, sur Youtube : http://www.youtube.com/results?search_query=intuilab

Propos recueillis par Frédéric Dessort, Mid e-News : http://www.midenews.com/fr/presse/article/lire?id=1440

Article précédentLes prises “T” de communication téléphonique entrent dans l’histoire
Article suivantJean-Louis Borloo et le Grenelle de l’environnement
Jérome Robert
Ex concepteur-redacteur multimedia, Jerome ROBERT est co-fondateur du site Domoclick.com créé en 2000 à Albi (81000 FRANCE) sur l'innovation et la communication dans l'habitat. Il a co-écrit avec Laurent FABAS (ingénieur thermicien) le "Guide de la maison économe, la solution écologique" (Eyrolles pratique 2008) !