La voie normale du mont Blanc est « fortement déconseillée » ce week-end mais le refuge du Gouter, avant d’attaquer le sommet, reste l’étape incontournable et la plus spectaculaire par sa situation, son altitude (3835m) et par la nature du bâtiment, bas carbone, qui vise la norme à énergie positive des bâtiments en 2020 (RT2020). Il représente un investissement de plus de 6,5 millions d’euros financés en grande partie par la FFCAM (Fédération française des clubs alpins et de montagne). Le nouveau refuge du Goûter devait ouvrir à la fin du mois s’il n’y avait pas eu, dimanche dernier, un début d’incendie qui s’est déclaré dans le circuit de refroidissement du système solaire thermique, provoquant une surchauffe et dégageant une intense vapeur d’eau », a précisé dans un communiqué la (FFCAM), gestionnaire du bâtiment. Mobilisé à cette ultime réparation, le refuge pourrait entrer en service dès septembre. Présentation de cet habitat exemplaire à plus d’un titre !
Ce refuge offre à chacun une idée positive et valorisante de la montagne et de l’alpinisme. Ses qualités environnementales exceptionnelles sont la première étape d’une réflexion pour préserver la montagne et qui engagent tous les acteurs : amateurs, professionnels, communes et collectivités du massif du Mont Blanc avec des partenaires institutionnels dont l’Etat, la Région Rhône Alpes, l’Europe, le Conseil général de Haute-Savoie, la commune de Saint-Gervais, l’ADEME et l’Agence de l’Eau. Et bien au delà , on notera l’appui de deux entreprises ; le Grand mécène fondateur : Schneider Electric et le mécène fondateur avec le Crédit Agricole des Savoie et sa Fondation du Crédit Agricole Pays de France.
Le premier refuge, une «simple» hutte, date de 1854 ! Vétuste et bien loin des normes environnementales, le bâtiment actuel, de 1960, va laisser la place à un nouveau bâtiment innovant et écologique, d’une capacité de 120 personnes. L’annexe actuelle sera conservée et transformée en refuge d’hiver et en abri de secours.
De juin à octobre 2011, les équipes ont eut pour mission de construire les quatre niveaux de la structure bois, préparée en vallée chez les charpentiers, poser l’enveloppe et la vêture inox afin de mettre le bâtiment hors d’eau et hors d’air. Le timing est très précis car un tel chantier à 3835 m d’altitude impose des contraintes de temps et de météo. Raymond Courtial, Vice-Président à la FFCAM (CAF) en charge du patrimoine bâti et du projet : « Sur un tel chantier comme en montagne en général, il faut apprendre à être humble : tenir compte des aléas climatiques, résister au froid avec des -15°C certains matins, aux rafales de vent qui peuvent dépasser les 250 km/h, ainsi qu’à la neige qui nous ralentit».
Tout a été mis en oeuvre pour faire de ce chantier un projet bas carbone, «pilote» sur le plan environnemental avec les choix techniques suivants qui fait la part belle au bois de construction et à l’énergie solaire:
– Structure en bois local des Alpes françaises (épicéa, sapin blanc et mélèze), majoritairement issu des forêts de Saint Gervais.
– Modules bois préfabriqués dans la vallée, pour diminuer l’héliportage
– Recours aux énergies renouvelables (solaire, photovoltaïque, biomasse) et mise en place de technologies innovantes (gestion de l’électricité à distance, cogénération, fondoir à neige, traitement des eaux usées…) offrant des solutions écologiques et la meilleure autonomie possible pour l’électricité, le chauffage et l’eau,
– Mise en place d’actions pédagogiques avec les scolaires autour de ce chantier bas carbone.
L’optimisation énergétique du refuge du Goûter
avant chantier.
la réconstruction a débuté en 2009. Lors de la réouverture du chantier, la société Albedo énergie, basée à Savoie Technolac, va récupérer les mesures des deux sondes extérieures et des huit capteurs placés dans le bâtiment. Elles permettront d’étudier le comportement du refuge inoccupé durant l’hiver et de mesurer l’impact du rayonnement solaire sur la température intérieure.
Chaque année, 7 000 alpinistes font étape au refuge. Le même travail de mesure a été effectué par simulation en période d’occupation afin de dimensionner avec justesse les équipements de chauffage, de production solaire photovoltaïque et thermique, et de ventilation. “La station météo de l’Aiguille du Midi étant en panne, il a fallu reconstituer un fichier météo pour effectuer une simulation thermique dynamique, c’est-à-dire regarder heure par heure l’évolution des températures du refuge sous l’effet des variations de la météo”, explique Michel Meunier, dirigeant de la société.
Grâce à un scénario d’occupation établi en fonction de la fréquentation du refuge, Albedo a montré que lorsque 110 personnes se trouvent dans la salle commune, la température monte à 35°C ! Ont aussi été imaginés des scénarios catastrophe avec plusieurs alpinistes bloqués au refuge et des installations en panne pendant 15 jours. “Il fallait prévoir des solutions palliatives pour ne pas mettre en danger la vie des occupants”, explique Michel Meunier. Ce dernier sait qu’il n’aura qu’une fois dans sa vie un chantier d’une telle ampleur, mais en terme de notoriété, sa société pourra se prévaloir d’une référence prestigieuse.
Albedo a aussi réalisé le bilan carbone du refuge englobant les phases d’étude, de construction, puis de vie jusqu’en 2062. Avec 540 tonnes équivalent CO2, le Goûter est plutôt exemplaire si l’on considère qu’une famille française moyenne en émet environ 450 sur la même période.
Calendrier du chantier.
– 23 Mai 2010: déneigement du chantier.
– 15 Juin : pose des premiers éléments bois puis de la vêture inox.
– 4 Juin 2011: réouverture du chantier.
– Fin Octobre 2011 : bâtiment hors d’eau, hors d’air.
– Ouverture prévu: Aout 2012
Domoclick.com avec Le Dauphiné et Schneider-Electric
Le site officiel du Refuge du Gouter (Savoie):
http://www.refugedugouter.fr/?p=882
La brochure de présentation par Schneider Electric (en anglais):
http://www2.schneider-electric.com/documents/foundation/DP-Refuge-du-Gouter-en.pdf