« Nous maîtrisons actuellement la consommation des principaux usages énergétiques dans le bâtiment. Ne peut-on pas commencer à définir précisément le BEPOS qui verra le jour ? Cela permettrait de lancer huit ans auparavant l’offre industrielle et d’explorer les méthodes de construction » analyse Alain Maugard dans sa chronique publiée sur XPAIR.com*. Actuellement président de QUALIBAT**, Alain MAUGARD est polytechnicien et Ingénieur des Ponts et Chaussées. Il a occupé des fonctions au ministère de l’équipement et à la direction de la construction. Des responsabilités et une expérience qui l’ont mené à la direction de l’EPAD (établissement public pour l’aménagement de la région et de la défense) et à la présidence du Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB, lien actif sur notre colonne Organismes Pros, à droite). Sa vision à la fois technicienne et macro-économique du bâtiment en France fait de lui un des acteurs les plus respectés et écoutés de la filière. Particulièrement parce qu’il tient toujours en ligne de mire de ses raisonnements l’aspect coût et rentabilité. N’est-il pas le seul en France à considérer que la crise du logement en France s’explique par la mauvaise gestion de l’espace foncier ? A vérifier dans cette chronique où les objectifs des bâtiments BEPOS, bas carbone d’ici 2020, et le prix de l’énergie font effet de levier sur les innovations industrielles.

" Avec les bâtiments BEPOS, nous allons vers un BEPOS économiquement intelligent."

« La définition du BEPOS (Bâtiment à Energie POSitive) est stratégique car elle ouvre la voie à de nouveaux développements et applications industrielles. Si les industriels savent que le bâtiment de demain tiendra compte de l’énergie grise, ils vont adapter leurs processus pour fabriquer des matériaux et des équipements à bas carbone. D’où l’intérêt d’annoncer le plus tôt possible aux industriels la caractérisation du BEPOS afin que ceux-ci mettent dès à présent leurs équipes de recherches et développement sur l’objectif d’énergie grise. Et de là, des solutions vont émerger : consommer moins d’énergie pour fabriquer les matériaux, travailler sur l’allongement de la durée de vie et sur le recyclage, etc, …

Comment être positif en énergie ?

Actuellement, nous maîtrisons la consommation pour la construction neuve. Elle est désormais réduite. Il nous faut donc produire l’équivalent, ou un peu plus, pour être positif en énergie. Pour cela, le BEPOS doit intégrer obligatoirement des énergies renouvelables. Mais quelles énergies renouvelables ?

Nous avons le solaire thermique, la biomasse, la thermodynamique avec la géothermie, … Cependant, quel que soit le système, nous allons avoir besoin d’électricité pour faire fonctionner nos équipements, pour répondre aux usages domestiques généraux et pour l’éclairage. Globalement, et en première intention nous allons devoir mettre en œuvre une production d’électricité solaire photovoltaïque.

Il peut être également possible de produire de l’électricité avec le gaz, avec des systèmes de cogénération. Néanmoins le gaz n’est pas majoritairement une énergie dé-carbonée, et n’est pas une énergie renouvelable sauf dans le cas du biogaz. Quant à la biomasse, le bilan carbone est très bon, c’est une énergie renouvelable, elle peut être une solution généralisée à condition de ne pas impacter les ressources alimentaires et les ressources forestières de bois noble.

Il nous faudra dans tous les cas produire de l’électricité.

L’électricité est ainsi au cœur du développement du BEPOS. Pour « être » BEPOS, il nous faudra produire de l’électricité. Si elle est produite à partir de panneaux photovoltaïques, elle est totalement renouvelable et dépourvue de carbone, hormis l’énergie et le carbone qu’il a fallu utiliser pour fabriquer lesdits capteurs, ce qui représente un à deux ans de production, soit moins de 10% de la durée de fonctionnement du panneau.

En France, nous avons un problème ou un avantage de notre tarification électrique. Eu égard à nos tarifs actuels, il est aujourd’hui plus économique d’utiliser l’électricité du réseau que de la fabriquer soi-même. Or, se pose le problème de l’évolution des prix des énergies, et le prix de notre électricité va fatalement augmenter, et d’un autre côté, l’électricité photovoltaïque devrait progressivement diminuer dans le temps, et encourager les installations de moins en moins chères. Ainsi les deux courbes se croisent sur « un point d’équilibre », où l’électricité photovoltaïque est au même prix que l’électricité du réseau.

La question imminente est de savoir à quel moment, cette parité aura-t-elle lieu ?

Notre mix énergétique électrique (nucléaire hydraulique, fossiles), même si il est un des plus performants en Europe et au monde, va nous coûter cher dans le temps. Il faudra renforcer les mesures de sécurité des centrales nucléaires existantes, et investir dans leur démantèlement. Ainsi, attendons-nous à l’horizon des 15 prochaines années à disposer d’un mix énergétique électrique qui augmentera avec un coefficient de 1,5. Cette augmentation de prix devrait être sans doute plus élevée car nous risquons d’avoir des surcoûts de prestations pour les démantèlements de centrales et qu’il faudra bien un jour s’assurer pour couvrir le risque d’un accident nucléaire.

Il y a peu de temps le prix de l’énergie photovoltaïque, comparé au prix de l’électricité du réseau, était quatre fois plus cher. Aujourd’hui, si nous comparons les deux courbes, nous obtenons un coefficient de l’ordre de 1,7. Ainsi, à quel moment, la parité entre ces deux énergies se fera-t-elle ?

À l’époque, nous imaginions que cette parité s’effectuerait dans les années 2025, aujourd’hui les projections rapprochent ce point et nous amènent à l’horizon 2020, et même avant dans le Sud. Ce pronostic renforce la pertinence de la généralisation du BEPOS 2020 par voie réglementaire. Signalons par exemple que dans le sud de l’Italie la parité est déjà atteinte, du fait d’un très bon ensoleillement et d’une électricité réseau beaucoup plus chère !

La question est donc la suivante : devons-nous attendre la parité qui sera là dans 5 à 10 ans ?

Ou devons-nous d’ores et déjà investir dans les renouvelables ? Le risque n’est-il pas en France de se retrouver les derniers laissant devant d’autres nations comme les allemands qui sont d’ores et déjà particulièrement en avance sur les technologies solaires photovoltaïques ? Avec une ambition européenne, ne devrions-nous pas créer, à l’image industrielle d’EADS, un consortium de type Airbus pour une industrie européenne du photovoltaïque ? La fabrication du photovoltaïque est très robotisée, et elle s’y prête, comme l’industrie européenne de l’aéronautique, de l’espace, … À l’image de la CECA (communauté européenne du charbon et de l’acier) qui avait été créée à l’époque en 1952 pour soutenir les industries du charbon et de l’acier et ce pour une durée de 50 ans, ne pourrions-nous pas avec quelques pays européens nous engager dans la voie industrielle du photovoltaïque ?

Un BEPOS différent par zone géographique

La performance du BEPOS est directement liée à l’utilisation des énergies renouvelables et à la rigueur climatique du lieu. Si nous prenons le solaire en particulier, il y a lieu de différencier le BEPOS par rapport à la zone géographique où il est installé. Il est évident que les performances BEPOS dans les zones ensoleillées et à climat doux sont plus faciles à atteindre, que dans la région Nord-Pas-de-Calais. Ainsi, une première analyse consiste de disposer d’objectifs BEPOS territorialisés, tout simplement comme le fait la réglementation thermique 2012 actuelle qui différencie les objectifs de consommations conventionnelles en kWh/m2.an par zone climatique. Si par exemple la RT 2012 donne 40 kWh pour les zones les plus favorables et donc les plus ensoleillées, cela sera d’autant plus facile de couvrir cette faible consommation avec du photovoltaïque. C’est vraisemblablement ce qui nous entraînera à réaliser le BEPOS plus rapidement en région PACA, et sans doute plus tardivement en région Nord pas de Calais.

Un BEPOS intégrant tous les usages et l’énergie grise par-dessus le marché ?

Définissons le BEPOS par rapport aux usages énergétiques. Un bâtiment est-il un BEPOS s’il couvre les cinq usages principaux de la RT 2012 ? Devrait-il l’être pour six ou sept usages ? Doit-il être BEPOS pour tous les usages ? La prise en compte des consommations d’appareils électriques (appareils ménagers, box TV, …) de plus en plus émergentes, devrait être intégrée ? Bien évidemment, l’énergie positive doit à terme couvrir tous les usages. En second lieu, le BEPOS ne peut se concevoir sans l’intégration de l’énergie grise. Imaginons un BEPOS très performant mais qui aurait été réalisé avec des matériaux très énergivores et très carbonés, le bilan ne pourrait être similaire à un BEPOS mieux conçu en termes d’énergie et de carbone gris.Nous nous dirigeons donc vers un BEPOS intégrant plus d’usages, ainsi que l’énergie grise. »

Quant à la maison individuelle BEPOS, nous avons vu qu’elle avait l’avantage de pouvoir produire plus d’électricité photovoltaïque, et vraisemblablement plus électricité qu’elle en a besoin à l’instant « T », ce qui est nécessairement valorisable. Cet excès d’électricité pouvant être bien évidemment utilisé pour l’éco-mobilité c’est-à-dire les véhicules électriques. Ainsi nous allons pouvoir donner un objectif à la maison individuelle BEPOS, non seulement de produire sa propre électricité, mais également de fournir l’énergie pour la locomotion. Cette idée est intéressante même si l’on sait déjà qu’il faudra des grandes surfaces de capteurs photovoltaïques avec de bien meilleurs rendements à l’avenir. L’approche du BEPOS « maison individuelle avec véhicule électrique » est tout à fait compatible avec les trajets de courte distance associés à la maison individuelle. Ainsi il se dégage dès maintenant pour l’horizon 2020 des solutions BEPOS plurielles : en zone dense, c’est le BEPOS à plusieurs et avec transports collectifs qui émerge, et en zone étendue c’est du BEPOS avec voiture électrique ».

* Lire la suite sur XPAIR.com, le portail expert de la performance énergétique:
http://conseils.xpair.com/lettres_expert/2/les-multi-bepos-nous-attendent.htm

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Domoclick.com

** QUALIBAT, CHOISIR UN ARTISAN ET UNE ENTREPRISE « RECONNU GRENELLE »:
http://www.qualibat.com/Views/EntreprisesGrenelle.aspx

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Jérome Robert
Ex concepteur-redacteur multimedia, Jerome ROBERT est co-fondateur du site Domoclick.com créé en 2000 à Albi (81000 FRANCE) sur l'innovation et la communication dans l'habitat. Il a co-écrit avec Laurent FABAS (ingénieur thermicien) le "Guide de la maison économe, la solution écologique" (Eyrolles pratique 2008) !